Je l’attends dans la plaine sombre ;
Au loin je vois blanchir une ombre,
Une ombre qui vient doucement...
Eh non ! — trompeuse espérance —
C’est un vieux saule qui balance
Son tronc desséché et luisant.
Je me penche et longtemps j’écoute :
Je crois entendre sur la route
Le son qu’un pas léger produit...
Non, ce n’est rien ! C’est dans la mousse
Le bruit d’une feuille que pousse
Le vent parfumé de la nuit.
Rempli d’une amère tristesse,
Je me couche dans l’herbe épaisse
Et m’endors d’un sommeil profond...
Tout à coup, tremblant, je m’éveille :
Sa voix me parlait à l’oreille,
Sa bouche me baisait au front.
Il pleure dans mon cœur...
Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?O bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s'ennuie
O le chant de la pluie !Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s'écœure.
Quoi ! nulle trahison ?…
Ce deuil est sans raison.C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine.
Verlaine, Ariettes oubliées III