poesie polonaise suite... wislawa szymborska
Oignon
L'oignon c'est pas pareil.
Il n'a pas d'intestins.
L'oignon n'est que lui-même
foncièrement oignonien.
Oignonesque dehors,
oignoniste jusqu'au coeur
il peut se regarder,
notre oignon, sans frayeur.
Nous : étranges et sauvages
à peine de peau couverts,
enfer tout enfermé,
anatomie ardente,
et l'oignon n'est qu'oignon,
sans serpentins viscères.
Nudité multitude,
toute en "et caetera".
Entité souveraine
et chef-d'oeuvre fini.
L'un mène toujours à l'autre
le grand au plus petit,
celui-ci au prochain,
et puis à l'ultérieur.
C'est une fugue concentrique
L'écho plié en choeur.
l'oignon, ça s'applaudit :
le plus beau ventre à terre
s'enveloppant lui-même
d'auréoles altières;
En nous : nerfs, graisses et veines
mucus et sécrétions.
On nous a refusé
l'abrutie perfection.
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Découverte
Je crois en une grande découverte.
Je crois en l'homme qui fera la découverte.
Je crois en l'effroi de l'homme qui fera la découverte.
Je crois en son visage livide,
en sa nausée, en la sueur sur sa lèvre.
Je crois en notes brûlées,
brûlées jusqu'aux cendres,
brûlées jusqu'à la dernière.
Je crois en la dispersion des chiffres,
leur dispersion sans regrets.
Je crois en la hâte de l'homme,
en la précision de ses gestes,
en son libre arbitre.
Je crois en la destruction des tables,
le déversement des liquides,
l'extinction du rayon.
J'affirme qu'on y parviendra,
qu'il ne sera pas trop tard,
et que la chose se fera sans témoins.
Personne n'en saura rien, j'en suis sûre,
ni la femme, ni le mur,
ni l'oiseau : sait-on jamais ce qu'il chante.
Je crois en la main suspendue,
je crois en la carrière brisée,
en des années de travail pour rien.
Je crois en un secret emporté dans la tombe.
Ces mots planent très haut au-dessus des formules.
Ne cherchent nul appui sur quelque exemple que ce soit.
Ma foi est forte, aveugle, et sans aucun fondement
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