SEITA
A 14:47, Victor enlace Nicky auréolée par la lumière du soir. Seita ouvre le frigo, prend et decapsule d'un seul geste une canette de coca light.
14:48 Laurène face à Kimberley.
Avant même que les mots soient prononcés, les répliques se forment automatiquement dans la bouche de la spectatrice assidue.
" Pardonne-moi Kimberley, je ne savais pas"
Seita possède 5 magnetoscopes qui enregistrent en permanence les series des chaînes hertziennes. Dynastie, Veronica Mars, Amour Gloire et beauté, Dallas... rien ne lui échappe. Tout est nourriture spirituelle depuis cinq ans.
Elle change de position entre les acariens et les débris de gateaux qui ont envahi le divan. Elle ne bouge quasiment plus, les yeux sont rivés sur les écrans.
Un ordinateur trône au milieu des ordures qui jonchent sa table dite de salon, l'ecran clame: Google et vous n'avez pas d'amis en ligne. Deux téléphones sont sur le tapis à portée de mains.
Elle est détective privé et résout de son canapé adultères, meurtres, larcins et toutes exactions qui lui sont exposés hors terrorisme et crimes de guerre.
Seita n'a plus de parents. Tous les deux morts d'un cancer du poumon à 44 ans...ils avaient deux ans d'écart.
Orpheline a 12 ans, aucun chagrin ne l'avait effleuré, aucune de ses larmes n'avait été versée. Pour pleurer,souffrir ou aimer, elle avait besoin d'un médium. Un écran ou une tante qui raconte l'histoire d'une petite fille de douze ans qui venait de perdre ses deux parents. La vie d'un baleine, c'est peu de choses, de l'eau et une télévision pour elle.
14:50 kimberley dans un mouvement de cheveux montre qu'elle est horrifiée.
VERDANY
" Cinquième corps baillonné retrouvé dans la Deule""
Il venait d'arriver, un mois de cela. Une nouvelle affectation, une nouvelle vie, pensait-il. Mais à quoi pensait-il ? Un rêveur, voilà ce qu'il était. Rien qu'un rêveur, un bon à rien avec un cerveau qui lui explosait le crâne. Déjà les journalistes s'etaient saisis de l'affaire, déjà la police était roulée dans la boue, accusée d'incompétence.
Dix ans qu'il avait arrêté de boire le café sur le zinc mais en achetant la salade, il entendait la maraîchere discuter le bout de gras avec la vieille habituée. "Ah ça, au mieux de distribuer de PV, il - sous entendu la police- feraient mieux d'arrêter ce salopard... Quatre de la même famille, mais ce n'est pas dieu possible" . En sortant ses poubelles, les ados adossés à son immeubles commentaient l'Affaire "ça pour electrocuter des innocents, y a pas d'prob, mais pour un serial killer"... Sa vie était quand même le fin du fin. La merde de la merde.
Le préfet allait l'appeler ou bien le ministre, "Alors, Velardy vous allez nous démêler tout ça"... Velardy, pas Monsieur Velardy, pas même Commissaire Velardy... même les préfets s'imaginaient qu'un flic n'avait qu'un nom et pas de titre.
Ras le bol. il était là à lire et relire ce truc qu'il avait demandé à l'inspecteur chargé de l'affaire, le dossier, le fameux. Lui, non plus il y comprenait rien. Rien de rien. nada de chez nada. le néant total. l'obscurité.
Deux hommes et deux femmes, frères et soeurs morts noyés dans la Deule. Et pas le moindre suspect, au départ pour le premier, ils avaient bien pensé à sa femme, et ils y avaient repensé à la mort du second frère. Une histoire de coucherie, certainement. C'etait toujours des histoires de coucherie mais il avait fallu qu'une des soeurs meurt pour changer la donne. L'épouse avait été relachée. Huit autres frères et soeurs questionnés. Rien de suspect. Onze frères et soeurs, organisés en clan avec un sens aigu de la haine, de l'amour et de la rancoeur. Une famille, quoi.
Onze, ce n'est pas courant, surtout quand chaque mois depuis février, mourrait l'un d'entre eux. Une famille qui se serrait les coudes.
Félix, le flic alcoolo de service, mais toujours le sens de l'à propos, avait esquissé une solution qu'on attende décembre avant de faire quoi que ce soit? Ah il faut savoir louer la sagesse des vieux briscarts.. Il était assez d'accord, lui aussi pensait que c'etait un membre de la fratrie, une fois les dix premiers assassinés, il en resterait bien, un . On l'enfermerait, si il était coupable, la police aurait fait son boulot, si il était innocent, la prison lui sauverait la vie.
L'idée vraiment lui plaisait bien cependant des rabats-joie, des consciencieux seraient là pour lui rappeler, la tâche qui lui incombait : Sauver des existences humaines, enfin au moins essayer.
BEn oui, mais là il était a sec. On ne peut pas réussir un divorce, réussir a payer pour un enfant qui n'est pas le sien et qui vous déteste et être un investigateur de première catégorie.
Une idée lumineuse lui traversa l'esprit, il allait critiquer le travail de son subalterne. Après tout, lui il n'était pas pour être le Hercule Poiraud du commissariat. Lui, il était le commissaire, lui, il manageait une équipe. Bordel, sa formation "management de personnel" allait enfin lui servir !
Sur cette réflexion,L'Inspecteur Manganelli entra dans le bureau. "Chef". Chef... mais ils se croyaient ou tout ses crétins." Ouaip Manganelli. Encore un meurtre ?", lui aussi, il pouvait jouer le jeu.
Manganelli s'esclaffa, il ne pouvait pas y avoir de meurtre, plus maintenant, dans trois semaines au mieux, mais pas maintenant. Il se demanda tout a coup si le chef serait à la hauteur du problème. Il était physiquement interessant certes, un commissaire de trente quatre ans, beau comme un dieu, cela ne gachait rien au travail mais si c'etait pour se farcir un imcompétent. Désirer un con, il n'y a rien de pire, surtout si c'est son chef, il était vraiment mal barré.
Le commissaire commencait à s'impatienter. Son nigaud d'inspecteur le regardait d'un air béat, la bouche légèrement entr'ouverte. Pourquoi avait-il quitté Paris ? Les parisiens étaient cons, certes, mais au moins ils avaient de la prétention. Ici, c'etait des boeufs, avec accent.
Il soupira, la technique avait déjà fait ses preuves. Manganelli se ressaisit et begaya un nom de poisson. Verdany, lui demanda si il comptait l'inviter au restaurant ou si sa femme lui avait mijoter des maquereaux. La Baleine, le mot était sorti, il ne restait plus qu'à sortir une phrase cohérente et que le commissaire ne le prenne pas pour un fou. Il expliqua alors lentement que si le commissariat avait le plus haut taux d'elucidation de l'ensemble des commissariats et ce n'était pas grâce au précédent commissaire et à son mignon l'inspecteur Buldard.
Des commérages, voilà ce qu'il était en train de récolter, des commerages, de petit inspecteur.. Fallait avouer qu' il ne comprenait pas bien ce que venait faire une baleine, dans l'histoireSEITA
15:00 L'ecran clignotait "Vous avez un message".
Seita murmurait :' Ce n'est pas... Ce n'est pas... Ce n'est pas ton fils, John".
Un mail de Yves. Son flic préféré. C'etait le seul a l'appeler lorsqu'il n'avait pas besoin d'elle. C'etait appréciable, pas comme les deux abrutis qui l'accompagnaient généralement.
Elle n'aurait pas pu imaginer revivre cela. Revivre les émotions de la cour d'école ça elle ne pouvait l'accepter ni le pardonner. Il faut qu'elle se calme, Son coeur palpitaient de plus en plus vite et le soufflement rauque de sa respiration couvrait de plus en plus les voix des feux de l'amour. La colère accelerait son pouls de seconde de pensée en seconde de pensée.
Elle avait bien fait de les siphonner. Yves n'avait rien dit et en riant avait hurler qu'il fallait toujours se méfier d'une baleine dans une baignoire.
Un mail pour une visite nocturne, accompagné du nouveau commissaire. Yves préférait lui demander son avis sur son avenir sentimental avec un hypothétique homo plutôt que de se couvrir de gloire grâce à une mystérieuse résolution d'affaire criminelle. Elle trouvait ça à la fois adorable et pathétique . Tout pour qu'elle en ait les larmes aux yeux. Apparement le commissaire etait une bombe à lui tout seul. Elle adorait les bombes, il viendrait la voir une fois et pendant plusieurs semaines, elle revasserait d'une véritable Histoire d'amour. En fait, elle aimait Yves parce qu'il était comme elle. Il aurait été hétéro ou en couple, jamais la baleine ne se serait penchée sur son berceau.
"- Tu mens, c'est pour te venger que tu me dis cela, jamais... jamais"
17:15, le feuilleton bresilien commencait. Seita avait faim cependant elle devait attendre l'arrivée de ses invités. Elle se leva peniblement du canapé et epousseta son buste et ses jambes ou des croutes de pains s'etaient enfoncées sous la peau. C'etait un mois d'été, et il faisait chaud et la seule tenue supportable était d'être en slip soutien gorge.
Jonas
Voilà, c’était fait. Le train était arrivé, il était descendu. Il n’avait pas été rapatrié d’urgence. Le train n’avait pas explosé et n’était pas resté en rade sur la voie. Jonas était à l’heure. Seul, il ne lui serait venu à l’esprit ou à l’envie, de monter jusque là.
C’était pourtant ici , le plus malsain, le plus désespéré des endroits que la France est portée. C’etait là bas ou son journal était le plus vendu. C’était là bas, que le journal se fournissait en mort, décès suspect et misère humaine. Il n'avait pas eu le choix l'ultimatum du redacteur en chef avait été clair soit il couvrait l’affaire, soit il déguerpissait de "Nouveau Détective ". Le choix était vite fait, dix ans dans ce torchon et il n’était plus crédible pour aucune rédaction. Sauf peut être pour "Nouvelles du Monde " mais le quotidien avait fermé ses portes depuis très très longtemps. La femme serpent et l'enfant-chat n’avaient pas fait recette en France.
Il était sur le quai de la gare à attendre son chauffeur de taxi qui l’emmènerait vers les gris espaces des territoires urbains.
Il finirai son article par cette expression. Cela lui plaisait " les gris espaces des territoires urbains ". Il était 21 heures 24 le taxi était en retard. Il acheta les journaux locaux, ainsi se disait-il, il aurait déjà fait soixante pour cent de son torchon, sans qu’il se crève tropr. La voix du Nord, Nord Eclair se retrouvèrent en quelques minutes dans son sac.
Le taxi n'était toujours pas là. C'était l'occasion d'aller la voir, après tout elle habitait près de la gare? C'etait peut être un signe du destin, et vu l'heure, elle ne lui ouvrirait pas. Il ne pas ainsi dire qu'il n'avait rien fait pour la voir, il aurait l'esprit libre et sa promesse serait tenue.
Il consulta sa montre, et annula le taxi. Comment avait elle pu se retrouver à Lille, la jurassienne pure souche, elle qui ne jurait que par ses montagnes et ses lacs.
A la sortie, il y avait des kebab, cela lui semblait raisonnable comme achat, si elle était là, il n'arriverait pas les mains vides. Si elle etait absente, il pourrait s'empiffrer une seconde fois.
Lorsqu’il se retrouva près de la porte le second Kebab avait déjà été ingurgité. Il l’appellerai, c’était sur, après tout il n’était pas là pour faire la discussion avec une vieille copine. Il était tard, très tard, trop tard pour une amie mais suffisamment tôt pour découvrir le sordide des bas quartiers et humer l’air du meurtrier. Il se rendrait à pied jusqu’à l’hôtel minable que la secrétaire avait du retenir.